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Récompenser les voyageurs d’affaires pour leur bon comportement d’achat, c’est ce que propose la jeune pousse française Fairjungle, élue en octobre dernier Start-up de l’année 2018 au salon IFTM Top Resa.


Ce principe de « gamification » dans le voyage d’affaires n’est pourtant pas né en France. Directement inspirées de programme voyages de Google, c’est aux États-Unis qu’on a vu apparaître les premières solutions permettant de récompenser financièrement les voyageurs d’affaires lorsque ceux-ci privilégient une option plus économique. On peut citer Rocketrip, probablement la plus connue, Tripkicks ou encore Travel Bank. Preuve que ces solutions séduisent les entreprises outre-Atlantique, la Startup Rocketrip créée en 2013 et qui compte parmi ses clients Twitter a levé en 2018 la jolie somme de 15 millions de dollars.

En France, des solutions similaires sont apparues récemment sur le marché, à l’image de Fairjungle ou de son concurrent EkoTrip. Le but est toujours le même, aider les entreprises à responsabiliser leurs employés permettant ainsi de réduire le budget voyages de celles-ci (jusqu’à 30%, si l’on en croit les promesses de Fairjungle !). Pour pouvoir s’adapter au marché français ces solutions se connectent directement sur l’outil de réservation utilisé par l’entreprise. Mais Fairjungle veut aller encore plus loin et a annoncé être en train de développer son propre OBT !

Le principe de ses solutions est presque toujours le même. Un algorithme calcule un « Price to Beat », ou « Prix à ne pas dépasser » , basé sur les prix en temps réel et la politique voyage propre à chaque entreprise. En dépensant moins que ce prix, les voyageurs gagnent des points qu’ils pourront ensuite transformer en cartes cadeaux ou en don pour des œuvres caritatives. Aux US, la législation permet aux employés de toucher une récompense directement sous forme d’argent. En plus de générer des économies pour l’entreprise et d’augmenter la satisfaction des voyageurs, de telles solutions permettent aussi de maximiser le taux d’adoption online. Un vrai plus pour les entreprises qui cherchent à davantage contrôler et suivre leurs dépenses !

Ces solutions ont donc tout pour plaire, mais lorsque l’on creuse un peu on se rend compte des problématiques nombreuses qu’elles engendrent au sein des organisations…

Le premier problème réside d’abord dans les inégalités que cela génère entre les employés qui voyagent et ceux qui ne voyagent pas. D’un côté on crée de la satisfaction et de l’autre de la frustration. C’est également problématique au sein d’entreprises dont la culture travel est celle de l’assistante qui réserve pour le voyageur. Dans ces cas-là, est-ce juste de récompenser le collaborateur qui voyage alors que c’est l’assistante qui aura eu le bon comportement d’achats ? Dans ce genre d’organisations, ce type de solutions ne semble aujourd’hui pas adapté.

Autre obstacle, celui de la fiscalité. En effet, ces récompenses comptent comme des revenus imposables, ce qui apporte nécessairement une complexité supplémentaire. Qui paye ces impôts ? Comment les calcule-t-on ? Qui les calcule ? Une complexité qui ne fait que grandir plus l’entreprise est présente à l’international…

Mais la liste des problématiques qui se cachent derrière le phénomène de « Gamification » ne s’arrête pas là. Ce système de récompense pourrait même se révéler contre-productif et lui faire perdre de l’argent. Comment ? En incitant le voyageur à se déplacer alors que ce voyage n’était pas indispensable par exemple, ou en encourageant le voyageur à dégrader son confort (et donc sa productivité) au profit d’une récompense…

Nul doute que les acteurs de la « Gamification » travaillent à ces questions et essayeront d’y apporter une réponse pour pouvoir s’imposer comme de nouveaux maillons de l’écosystème du voyage d’affaires. Mais attention, la technologie et l’innovation vont vite, la réalité des entreprises est souvent bien différente.

Christophe Drezet
Associé EPSA – Directeur de la BU Voyages et Déplacements